L'Heuristique: Journal des étudiants de l'ÉTS

Augmentation des frais de stage

Juin 2019 » Campus » Par Alyssa Bouchenak, étudiant de génie logiciel

La décision de diviser par deux les bourses de stage a pris effet le 1er Avril 2019

Nous sommes le mardi 2 avril 2019, et je reçois une notification sur le portail monÉTS qui m'informe que ma facture de la session d’été est disponible. Je m’apprête à réaliser mon dernier stage obligatoire du baccalauréat de génie logiciel. C’est la fin de session, et toute occasion de procrastiner est bonne : je prends connaissance de la facture pour la payer immédiatement et ne plus avoir à y penser. Surprise! Le montant s’élève presque au double de celui que j’ai eu à payer pour mon stage précédent, à l’automne dernier. Au début, je crois à une erreur. Je contacte le bureau du registraire. On m’informe alors qu’il s’agit d’une « nouvelle décision prise par l’ÉTS », que la bourse de six crédits a été réduite à trois crédits, et que  « tous les étudiants devraient recevoir une notification à cet effet dans les prochains jours ». (Spoiler Alert : la communauté étudiante n’a jamais reçu une telle notification...)

Si vous êtes un·e nouvel·le étudiant·e à l’ÉTS, tout ceci doit sembler un peu confus. C’est quoi cette histoire de bourse? Pourquoi six crédits? Pourquoi ces frais additionnels?

Décortiquons tout ça ensemble.

Historique

Avant 2013, les stages valaient chacun trois crédits. Un beau jour, l’ÉTS a réalisé qu’elle pouvait aller chercher plus de subventions du gouvernement[1] en effectuant un simple tour de passe-passe : faire correspondre les stages à neuf crédits au lieu de trois, en prétextant la valorisation du nombre important d’heures effectuées en stage (minimum 35 heures/sem. x 16 semaines). Afin de ne pas se heurter à l’opposition de la communauté étudiante, ce changement fut accompagné de l’implantation d’une bourse correspondant à six crédits afin de « maintenir l’accessibilité des études en génie à son niveau actuel ». En effet, grâce à cette bourse, le passage de trois à neuf crédits n’avait pas d’impact sur la facture des étudiant·e·s…, jusqu’à maintenant.

Absence de notification et justifications insuffisantes

Lorsque les stages sont passés de trois à neuf crédits, toute la population étudiante avait été informée par courriel préalablement au changement. Il était bien expliqué que cette décision ne nécessitait aucun effort financier supplémentaire de la part des étudiant·e·s. De plus, l’association étudiante avait bien été consultée au préalable.

On peut alors se demander pourquoi, presque six ans plus tard, l’ÉTS a jugé approprié de ne pas du tout consulter ni même d’informer la communauté étudiante d’un changement qui a pour effet de doubler les frais de scolarité lors des sessions de stage.

J’ai relancé le bureau du registraire le 10 avril, n’ayant toujours pas reçu de notification en provenance de l’ÉTS. On m’a répondu que finalement, il ne s’agissait pas d’une notification, mais plutôt d’un communiqué mis en ligne sur le site Internet de l’école[2], dont on m’a fourni le lien.

Dans le communiqué, l’ÉTS nous montre une « simulation des frais de stage pour un étudiant résidant au Québec ». Une augmentation de 240 $, qui correspond bien aux trois crédits qui ne sont plus couverts par la bourse. Mais qu’en est-il pour les étudiant·e·s sous le tarif canadien non résident du Québec? C’est mon cas. Pour ce tarif, on parle d’un montant à débourser s’élevant à 245 $ par crédit. Une augmentation de trois crédits, c’est donc une hausse d’environ 750 $. Et pour les étudiants internationaux? À 650,82 $ par crédit, cela revient à 1 952,46 $ d’augmentation pour un stage[3]. Sans aucun préavis. Sachant que la réalisation de trois stages est requise pour l’obtention du diplôme, un·e étudiant·e international·e devra maintenant débourser près de 6 000 $ de plus qu’auparavant au long de son parcours à l’ÉTS.

Alors oui, nous avons le privilège que nos stages en ingénierie soient rémunérés. Et l’on nous le rappelle bien dans le communiqué, comme pour mieux faire passer la pilule : « [les stages] sont rémunérés et permettent aux étudiants d’acquérir une expérience concrète de travail (environ 14 000 $ par stage) ». Cependant, c’est le cas de l’ensemble des stages en génie au Québec, et je ne vois pas en quoi cela est pertinent sur ce dossier. Quand on se monte un budget pendant nos études et que l’on compte sur ces revenus pour payer nos sessions, c’est un peu intense de découvrir sur la facture que l’on doit finalement débourser 750 $ de plus (dans mon cas). Du jour au lendemain, sans aucune justification ni aucun avertissement. On gagne cet argent en travaillant fort, et l’ÉTS choisit d’en reprendre une partie, juste parce qu’elle le peut. C’est absolument injuste, insultant et révoltant de se faire traiter comme des vaches à lait. Avec cette décision, je ne me sens absolument pas respectée en tant qu’étudiante de l’ÉTS, et c’est déplorable, car j’aime mon école et le parcours que je me forge au fil de mes cours, mes stages et mes implications étudiantes.

J’ai insisté auprès du registraire pour en savoir davantage et avoir l’occasion de communiquer avec une personne responsable. J’ai reçu le courriel suivant environ un mois plus tard :

On y mentionne encore la « rémunération d’environ 14 000 $ », les « raisons financières » et le « nombre d’heures effectuées en stage ». La phrase suivante a toutefois retenu mon attention :

« Il est à noter que les bourses de stages ne sont pas une constante entre les universités du réseau québécois et sujettes à changement selon les capacités des institutions à les offrir. »

Cette tentative de justification m’a amenée à effectuer quelques recherches.

Comparaison avec les autres universités

Polytechnique : Le nombre de crédits alloués aux stages a été revu, mais la bourse de six crédits reste bel et bien en place[4], un stage coûte donc toujours trois crédits seulement.

Université Laval : Les stages valent neuf crédits, mais une exemption de frais est appliquée systématiquement, et les frais pour une session de stage reviennent à 30 $ en tout.

Université du Québec à Chicoutimi : Les stages correspondent également neuf crédits, mais une exemption de frais est appliquée systématiquement, et les frais pour une session de stage s’élèvent à 216 $.

McGill : Les stages ne correspondent pas à des crédits et ne sont pas facturés aux étudiant·e·s.

Concordia : Les étudiant·e·s ont le choix de souscrire ou non au programme coop, qui leur permet l’accès au service de placement (mais ils peuvent s’inscrire à des stages en recherche personnelle sans avoir besoin du service). Le programme coop coûte 1600 $ au total, étalé par tranches de 200 $ sur huit sessions. C’est optionnel.

Université du Québec à Trois-Rivières : Les étudiant·e·s effectuent deux stages, dont un seul est obligatoire. Ils correspondent à trois crédits et cela revient à environ 340 $ pour un stage.

Université de Sherbrooke : Les frais de stage s’élèvent à 445 $ (mais ne sont pas liés à des crédits, le montant ne change donc pas selon le statut de l’étudiant·e, ainsi les non-Québécois·e·s paient également 445 $).

Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue : Trois stages optionnels qui valent chacun un crédit et coûtent environ 200 $ chacun.

Université du Québec à Rimouski : Un stage obligatoire (trois crédits) plus deux stages optionnels (respectivement deux et trois crédits), chaque stage étant accompagné d’un cours d’intégration professionnelle, suivi à la session d’hiver précédant le stage, et justifiant ainsi les crédits payés.

D’après ces données, l’ÉTS est donc désormais l’école de génie au Québec qui demande  le montant le plus élevé pour les stages. Cette augmentation injuste affecte gravement le budget de l’ensemble des étudiant·e·s, et plus particulièrement celui des étudiant·e·s non québécois·e·s. C’est également un précédent dangereux pour la communauté étudiante en génie au Québec, puisque d’autres écoles pourraient décider de copier cette décision, menant à une hausse généralisée de ces frais.

Rappelons-le, le passage des stages de trois à neuf crédits avait pour effet une augmentation des subventions allouées à l’ÉTS par le gouvernement. Et ce, sans aucun réel bénéfice pour la communauté étudiante, car l’industrie reconnaît l’expérience de travail pratique obtenue au cours des stages, et non un certain nombre de crédits alloués à ceux-ci. Cela n’a pas non plus occasionné une quelconque hausse de coûts pour l’ÉTS, puisqu’il s’agit exactement du même service de l’enseignement coopératif qu’auparavant. En effet, le nombre de crédits ne change strictement rien au suivi effectué par les employé·e·s du service. On peut donc s’interroger sur la nature des « raisons financières » mentionnées dans le communiqué pour tenter de justifier cette hausse de frais.

Appel aux témoignages

Merci d’avoir lu mon article. Si vous êtes également en désaccord avec l’augmentation des frais de stage, écrivez vos questions, préoccupations et témoignages à [connectez-vous pour voir les adresses courriel] en mettant info@aeets.com en copie. Selon un représentant de l’AÉÉTS, le fait d’exprimer la manière dont cette situation touche un grand nombre d’étudiant·e·s contribuera à l’élaboration d’un meilleur dossier. Cela aidera notre association étudiante à défendre nos droits et ainsi montrer à l’ÉTS qu’il n’est pas si facile de puiser ni vu ni connu dans les poches de la communauté étudiante.

[1] http://lheuristique.ca/article.php?id=167

[2] https://www.etsmtl.ca/docs/Activites-et-services-aux-etudiants/Documents/bourses-stage

[3] https://www.etsmtl.ca/Etudes/Cout-etudes-ets

[4] https://www.polymtl.ca/stages-et-emplois/etudiants-stages/frais-de-stage

 
Courriel reçu le 7 mai 2019
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Réponse par courriel du bureau du registraire le 10 avril 2019
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Communiqué envoyé par courriel le 22 octobre 2013
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