L'Heuristique: Journal des étudiants de l'ÉTS

Agrémenter notre tissu social

Mai 2018 » Opinions » Par Veronica Romero, étudiant de génie de la production automatisée

Parmi les futures responsabilités que votre titre d’ingénieur exigera de votre part, on retrouve le devoir envers le public. Vous retrouvez ce principe explicitement inscrit dans le code de déontologie (1981, article 2.01.) : « Dans tous les aspects de son travail, l’ingénieur doit respecter ses obligations envers l’homme et tenir compte des conséquences de l’exécution de ses travaux sur l’environnement et sur la vie, la santé et la propriété de toute personne. »

Puisque je suis une future ingénieure et que je ferais partie de l’OIQ, je vais aussi devoir suivre honorablement ce code et ainsi : « [...] favoriser les mesures d’éducation et d’information [...] » (1981, article 2.05.). À des fins de pratique, j’aimerais donc vous sensibiliser à l’acceptabilité sociale, si cela n’est déjà fait. Cette notion m’a été inculquée par mon enseignant de TIN502, qui a organisé une conférence animée par Marie-Ève Maillé, professeure associée au CINBIOSE (Centre de recherche interdisciplinaire sur le bien-être, la santé, la société et l’environnement) de l’UQAM, spécialisée dans l’évaluation des impacts sociaux des grands projets.

Acceptabilité sociale : sans oui c’est non

Vous souvenez-vous de ce slogan qui avait pour objectif de sensibiliser les étudiants à la violence à caractère sexuel? « Sans oui, c’est non! » indique clairement qu’un consentement nécessite une approbation claire; un oui. Ce même concept s’applique au territoire quand des citoyens sont affectés par un projet de développement, tel que soulevé par le livre Acceptabilité sociale : sans oui c’est non[1]. Historiquement, les citoyens n’ont pas toujours eu leur mot à dire : les plus riches ayant le pouvoir de réaliser les projets qui leurs étaient profitables sans demander de permission à quiconque. De nos jours, il n’y a pas de mot à dire simplement parce que la population n’est pas clairement informée des projets à venir[2]. Le terme « acceptabilité sociale » est donc apparu avec la mobilisation des citoyens, en vue d’indiquer leur point de vue quant à un projet (qu’il s’agisse de s’opposer ou de se prononcer tout simplement). C’est un sujet qui est de plus en plus présent dans les débats sociaux et politiques. Vous avez peut-être entendu parler du REM à Montréal, ce projet qui viendra offrir à la communauté une option supplémentaire en matière de transport en commun. Ce projet de développement affecte la vie de différentes personnes : les utilisateurs du transport en commun en banlieue de Montréal, qui devront désormais parcourir une plus grande distance pour se rendre à leur lieu de travail durant les travaux, les personnes expropriées de leur demeure, etc. Pour qu’on parle d’acceptabilité sociale, le projet n’a pas à être de grande envergure : il peut simplement s’agir de l’installation de dos d’âne sur une rue par exemple.

Mais en quoi est-ce que ça regarde le travail de l’ingénieur quand il s’agit clairement d’un problème plus sérieux qui devrait être réglé par nos dirigeants? L’acceptabilité sociale concerne de près l’ingénieur, qui approuve de tels projets, ou même de loin celui qui conçoit les mesures pour réduire les impacts sur une communauté. Il s’agit aussi de notre devoir de citoyen de participer à la prise de décisions telles que le développement de parcs dans votre quartier ou de pipelines dans la région.

Retraite de rêves

Imaginez que vous vivez tranquillement votre vie de retraité dans la maison de vos rêves loin de la ville et de toute pollution lumineuse ou sonore. Un bon jour, vous recevez une offre pour vendre votre maison, cette offre vient de la part d’un promoteur qui prévoit construire un dépotoir sur votre terrain. Le projet est bon en soit parce qu’il est favorable à la société, mais qu’en est-il des répercussions sur les personnes qui seront expropriées? Et les personnes qui resteront, mais qui dès lors vivront à côté d’un dépotoir? Un projet de développement engendre beaucoup de stress chez les personnes affectées. Ce stress a évidemment des conséquences pouvant être désastreuses :

Pas besoin de réinventer la roue

En tant qu’étudiante en génie, j’ai appris que réinventer la roue n’est pas toujours la meilleure option lorsqu’il s’agit de résoudre des problèmes. Dans l’acceptabilité sociale, le Québec a encore beaucoup de progrès à faire pour veiller au bien-être de ses électeurs. En effet, c’est le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles (MERN) qui a établi des orientations en matière d’accessibilité sociale. Le MERN et l’industrie des ressources naturelles (industrie minière, pétrolière, etc.) sont seuls à parler d’acceptabilité sociale, sans l’aide d’autres ministères tels que le ministère du Développement durable, par exemple, qui pourrait définitivement être un apport positif[4].

 Heureusement, on voit à travers le monde de plus en plus de mouvements pour les droits de l’homme, ainsi que des mesures pour évaluer les impacts sociaux qui ne relèvent pas que des gouvernements, mais aussi de l’industrie privée. À titre d’exemple, l’Australie[5] se base sur le Social impact assessment (SIA) : un processus aidant à identifier, pronostiquer, évaluer et répondre aux impacts sociaux de tout projet de développement avant même qu’un permis soit délivré[6]. Un des objectifs de ces évaluations est de contribuer à l’autonomie de groupes vulnérables dans une communauté. Certains auront tendance à croire que ces mesures empêchent le progrès (et les bénéfices financiers), néanmoins, la gestion des impacts sociaux tout au long du cycle de vie du projet démontre que de prendre en considération le bien-être d’une communauté réduit les conflits et les coûts reliés à ces conflits.

Futures ingénieures et futurs ingénieurs, soyons conscients que nous avons le pouvoir d’agrémenter la vie humaine; ne banalisons pas les impacts sociaux dans notre société et soyons ambassadrices et ambassadeurs d’une approche axée sur les droits de l’homme : nos droits fondamentaux!

[1] Pierre Batellier et Marie-Ève Maillé. 2017. Acceptabilité sociale : Sans oui c’est non, 1ère éd. Montréal : Écosociété. 304 p.

[2] Les auteurs du livre Acceptabilité sociale : Sans oui c’est non, soulèvent cette problématique de désinformation engendrée, notamment, par l’annonce tardive ou même discrète des consultations publiques (ayant lieu durant les heures de travail) qui limite beaucoup la participation aux audiences. Le travailleur ordinaire n’est pas encouragé à s’impliquer et donner son avis, puis rate la chance de se prononcer.

[3] Gouvernement du Canada. « Qu’est-ce qui détermine la santé? ». En ligne. < https://goo.gl/P7pZqx >

[4] Problématique soulevée et discutée par les auteurs de Acceptabilité sociale : Sans oui c’est non.

[5]University of Gron « SIA guidance document IAIA ». En ligne. < https://goo.gl/f6wQbM >

[6] Le SIA fait parti de l’ensemble de l’évaluation de l’impact environnemental (EIA) de tout projet de développement.